Pour la deuxième année, la Social Media Week s’est invitée à Paris du 13 au 17 février. De nombreux ateliers et conférences ont été organisés autour du numérique et des nouvelles technologies. Mercredi 15 février, au Petit Palais, était organisée une table ronde sur le thème « Musée et numérique : le visiteur 2.0 ». Etat des lieux.
Musée et Numérique : le visiteur 2.0. « Rien que cette formule pourrait faire l’objet d’un débat de plusieurs heures ! »
s’amuse Catherine Guillou, directrice de la politique des publics du
Louvre. Invitée pour modérer la conférence, cette dernière annonce
quelques chiffres en guise d’introduction. « Aujourd’hui, la
fréquentation du Louvre explose. En regardant qui sont les visiteurs,
nous avons constaté que presque 50 % d’entre eux avaient moins de 35 ans
». Un regain d’intérêt de la part d’un public jeune qui pousse même Catherine Guillou à comparer le musée en général à « la nouvelle église ».
Consciente des attentes de ce nouveau public, elle soulève la question
de la cohabitation entre musée et numérique, en précisant que « tout cela doit se faire de manière intelligente ».
Le visiteur virtuel ne remplacera pas le visiteur réel
Gonzague Gauthier, community manager au
Centre Pompidou concentre directement ses propos sur l’enjeu entre réel
et virtuel au sein d’un musée. « Aujourd’hui, nous faisons face à beaucoup de questions sur l’intérêt du numérique dans un musée ». Si la mise en place d’un site internet
est désormais devenu un processus courant et logique pour la plupart
des espaces culturels, l’arrivée du 2.0 et des pratiques qui s’en
suivent pose de réelles interrogations. « Inutile pour les musées de
foncer tête baissée. Il faut d’abord commencer par définir le terme, et
évaluer les apports sur le terrain de la médiation entre visiteurs et
musée ». Car l’enjeu est là. Si le public a été pendant plusieurs
décennies uniforme, aujourd’hui le virtuel fait son entrée et ce sont
aux musées de s’adapter pour utiliser au mieux ces outils. « Il y a
eu une confusion de la part des espaces culturels qui ont cru au départ
que le visiteur virtuel représentait un danger dans le sens où il allait
remplacer le visiteur réel. Mais c’est le contraire. Le numérique
provoque un retour sur le réel ». Pour pouvoir évoluer, le musée doit donc aller vers le public et lui proposer des activités numériques. En témoigne La Bataille du Centre Pompidou,
jeu collaboratif se jouant avec le réseau social Twitter, présenté à
l’occasion de la dernière édition de la nuit des musées. A coups de
hashtags, les visiteurs étaient invités à combattre des envahisseurs
venus détruire le musée. Un jeu collectif, collaboratif et surtout une
interaction entre visiteurs, enceinte et œuvres.
C’est sur ce point que rebondit Omer Pesquer, consultant numérique. « Le musée est un endroit de partage et d’échange ».
Il y a de la vie, des discussions, des commentaires. C’est en cela que
l’espace ne peut être remplacé entièrement par le virtuel, beaucoup plus
froid et sans interaction directe. Sur cette notion, l’homme soulève
d’ailleurs une question presque philosophique : « Aujourd’hui, le
virtuel est devenu permanent grâce par exemple aux smartphones que
chacun a dans sa poche. La véritable interrogation est : le virtuel
peut-il être permanent ? ».
Pour faciliter les interactions entre les
visiteurs, l’acquisition du Wifi dans les musées est une ouverture non
négligeable. A ce sujet, la plateforme Twitter et les Live-Tweet sont
l’exemple parfait de cette nouvelle forme de discussion. Chacun réagit
sur sa façon de voir l’œuvre, répond, transmet. Et les artistes
eux-mêmes peuvent proposer des formes numériques inédites. « L’artiste
Jr propose par exemple à chacun de se prendre en photo, ce qui relève
du numérique. Ensuite, ils reçoivent leurs portraits en format affiche
et sont chargés de l’afficher dans la rue. La démarche devient alors
réelle. Enfin, ils ont la possibilité de prendre en photo l’affiche et
de la poster sur une plateforme en ligne. Ainsi, on voit clairement
qu’il y a une boucle numérique ».
Le livre d’or, exemple numérique
Sebastien Magro, blogueur et consultant, parle quant à lui du livre d’or au sein du musée. « Aujourd’hui, nous disposons de nouveaux instruments in situ ».
A travers une sélection de quatre initiatives sur ce thème, il nous
apprend que le traditionnel livre d’or est progressivement remplacé par
des modèles numériques. « Black List Project au Brooklyn Museum a
proposé en 2008 des livres d’or avec des ordinateurs. Les visiteurs
avaient la possibilité, à la fin de la visite, de laisser des
commentaires vidéos qui étaient relayés sur la plateforme Youtube »,
explique-t-il. Le Video Kiosque au Museum de Toulouse a lui aussi
expérimenté cette forme numérique. Sur l’exposition Exhibition,
actuellement au Quai Branly, les visiteurs peuvent laisser des
commentaires sous trois formes : écrit, vidéo ou dessin, le tout via des
tablettes numériques. « Le plus de ce projet, c’est qu’ensuite les commentaires sont consultables sous la forme d’une Timeline ». Enfin, le Tate Modern à Londres a proposé l’exposition Sunflower Seed avec l’artisite Ai Weiwei. « Dans
les livres d’or à disposition des visiteurs, ces derniers pouvaient
poser des questions à l’artiste. Et Ai Weiwei est revenu au Tate Modern
et a répondu à certaines questions. Il y a eu une véritable interaction
entre le public et l’artiste ».
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