Comment est née cette initiative ?
L’initiative est née de l’observation du
nouveau site Internet du centre George Pompidou à Paris. Une opération
qui aura coûté environ 12 millions d’euros (numérisation
des oeuvres comprises) et dans lequel il manquait notamment
l’accessibilité du site sur les supports mobiles comme les smartphones.
Après un rapide tour d’horizon, nous avons observé que presque aucun site de musée français n’était véritablement adapté pour les tablettes et pour les téléphones.
Avec Julien Dorra, créateur de communautés, nous avons donc décider de
prendre les choses en main, lui avec son esprit fédérateur et moi avec
ma vision du design & hacking. Le “responsive web design” est
l’adaptatibilité d’un site Internet à un téléphone mobile, à une
tablette, ou tout autre outil mobile.
Les sites internet des musées français sont-ils en retard en matière de
mobilité comparés aux sites des musées internationaux ?
Ils ne sont pas en retard, non. Les
supports mobiles sont récents, smartphones, tablettes, etc. Les
tablettes d’ailleurs se diversifient et connaissent de plus en plus de
formats différents. Les sites Internet des musées, – mais pas uniquement
– doivent donc s’adapter à ces nouveaux modes de lecture, ces nouveaux
supports. Ce qui est regrettable c’est l’oublie quasi systématique de la lecture mobile lors de la refonte de ces sites Internet.
Avez-vous un bon exemple de site de musée vraiment mobile dans le monde ?
N’est ce pas la vocation des applications mobiles d’être vraiment responsive ?
Une application mobile dite « native »
est souvent conçue pour un OS de téléphone mobile en particulier. Les
applications iPhone sont différentes des applications iPhones 5 qui sont
différentes des applications Android qui sont différentes des
applications iPad qui sont différentes des applications Android Tablette
qui sont différentes des applications Windows Phone, etc. Seul un site
internet réalisé en « responsive web design », s’adaptera à tous ces
supports.
Sur votre site web,
vous avez sélectionné les sites web de plusieurs musées et lieux
culturels français (Le Centre Pompidou, le Louvre, Le Palais de Tokyo,
le Musée du Quai Branly, le Musée d’Orsay, le Muséum d’Histoire
Naturelle) parce qu’ils ne sont pas réellement accessibles et lisibles
sur mobile. Quelles sont les conséquences de ne pas être en responsive
web design ou mobile first ?
Les conséquences d’un site Internet non
accessible sur tablette ou smartphone sont multiples. Tout d’abord,
l’expérience est ratée, le visiteur ne surfe pas sur le site, n’accède
pas au contenu, bref, le site est inutile pour lui. En situation de
mobilité et dans n’importe quel musée, les visiteurs se servent de leur
téléphone pour prendre des photos des oeuvres (même quand cela n’est pas
autorisé), pour tweeter, facebooker, mais également pour se rendre sur
le site du musée en question afin de retrouver des informations, des
références, etc. Imaginons un musée concevant son site adapté pour la
mobilité, cela offrirait une expérience in situ bien plus riche.
Comment expliquer qu’ils ne le soient pas alors que presque 40% de la consommation web est aujourd’hui via le mobile ?
Je n’ai pas la réponse de ce qui est
décidé en interne dans les musées. Une vision à long terme centrée sur
le design, l’expérience muséale et les technologies qui évoluent si vite
permet d’anticiper la création d’un nouveau site Internet et donc, de
proposer une façon de créer un site qui soit « mobile », « mouvant », et
« fluide ».
Est-ce plus cher de développer et d’actualiser un site web en responsive ?
non.
Cela bride-t-il la créativité
et le design du site ? En rendant un site web responsive ne
dégrade-t-on pas le confort et le design de sa consommation non mobile ?
Non plus. La créativité et le design ne
dépendent pas simplement de la technologie. Le site web « responsive »
est justement là pour améliorer le confort de lecture sur le site
Internet. La version mobile du site du centre Pompidou proposée lors de
notre semaine en est un exemple.
Les internautes vous ont suivi
et ont « hacké » certains sites existants. Quels sont –selon vous- les
deux bons exemple d’adaptation mobile proposées pendant votre opération ?
Ils sont tous très intéressants et je vous invite à les découvrir sur notre site responsivemuseum.
J’ai particulièrement aimé celui du Palais de Tokyo et celui du Centre Pompidou.
Avez-vous eu un retour des sites de musées qui ont été transformés ?
Oui, le Musée de Cluny et le Palais de
Tokyo ont accueilli agréablement l’idée et ont fait preuve de curiosité
quant à l’initiative. Tous les autres musées ont été avertis, certains
ont également réagis en privé.
Quel est votre métier et votre parcours ? Pourquoi et comment vous êtes-vous intéressé aux musées et à leurs sites web ?
Mon métier est designer. Mon parcours a
commencé par l’étude du design, de la typographie, de l’imprimé, du
livre, de l’affiche, puis s’est poursuivi par l’étude du numérique, de
la programmation, du code, du tactile, des interfaces, du tangible, etc.
Aujourd’hui, après 7 ans de pratique du design, j’ai créé ma société de
design et travaille pour de nombreuses institutions, entreprises,
associations, startups, etc. D’une formation littéraire et artistique
(j’ai étudié 7 ans aux Arts Décoratifs de Paris), les musées sont des
lieux familiers pour moi et, plus largement, ils sont des points
centraux dans la Cité, des points de rassemblement, d’expérience et,
tout simplement, de culture.
Interview réalisée par mail le 26 octobre 2012
SUR LE WEB:
. « Les internautes ravalent la façade des musées en ligne » (Ecrans, Libération 26/10/2012)
. « la semaine où les musées se sont fait hacker » (Owni, 19/10/2012)
. « Très chers musées : cette semaine, vos utilisateurs remixent et bidouillent votre site web. Vous en dites quoi ? » (ils.sont.la, 15/10/2012)
. « responsive web design: missing the point » (19/03/2012)
. « Combining Responsive and Adaptive Strategies to Solve Mobile Design Challenges » (03/10/2012)